Surnommé « l’homme qui a arrêté le désert », Yacouba Swadogo, un paysan burkinabé, a remis, au goût du jour, une méthode culturale ancestrale permettant aux agriculteurs de ralentir l’envahissement de leurs maigres superficies de terres fertiles par le désert.

Appelée Zaï, la technique consiste à déposer du fumier et du compost dans des trous creusés dans le sol au cours de l’ensemencement.

Attirées par les matières organiques enfouies dans le sol, les termites du genre Trinervitermes creusent, jusqu’à la surface, des galeries qui permettront l’infiltration de l’eau et la formation de poches d’eau en profondeur. Ces réserves qui s’évaporent plus lentement seront utilisées par les plantes entre deux pluies.

Réintroduite en 1974, la méthode a très vite donné des résultats probants. Dès les premières pluies, les rendements se sont multipliés par quatre. Encouragé par ce succès, Yacouba sawadogo a, aidé de Ali Ouédraogo, un autre cultivateur, amélioré la technique en plantant des arbres; ce qui a amélioré la rétention de l’eau dans le sol. « Les gens pensaient que j’étais fou quand j’avais commencé à planter ces arbres. Ce n’est qu’aujourd’hui qu’ils se rendent compte de l’avantage de la forêt », raconte-t-il à Rue 89.




Depuis, l’homme sillonne tout le pays pour initier les agriculteurs à cette méthode. « J’aimerais que les gens aient le courage de se développer à partir de leurs racines.», confie-t-il.Le Zaï a permis aux agriculteurs burkinabés de hausser leurs revenus, freiner l’exode rural et renforcer le processus d’autosuffisance alimentaire du pays.

On compte plus de 3 millions d’hectares reboisés depuis la réintroduction de cette technique séculaire. 8 pays du Sahel font désormais appel à l’expertise de Yacouba Sawadogo pour lutter contre la désertification.

 

Dans les petits trous creusés dans le sol latéritique stérile, les agriculteurs mettent de la matière organique qui attire les termites. Celles-ci creusent de petites galeries dans le sol et améliorent la structure du sol, de sorte que l’eau peut s’y infiltrer et être conservée. En digérant la matière organique, les termites rendent les nutriments plus facilement disponibles aux racines des plantes.

Yacouba Sawadogo, l’homme qui a fait reverdir le désert au BURKINA FASO, vit dans un village au nord du pays.

Un Cheikh, alors qu’il était encore enfant, lui avait prédit un grand avenir. Adolescent, il avait ouvert un petit commerce qui, avec les années était devenu florissant, mais l’a abandonné pour retourner à son village.. Sécheresse, 1/4 des paysans ont quitté le village, il a alors compris qu’il avait un rôle à jouer. Il était sur le point de faire une découverte qui allait changer sa vie : le « zaï », petits trous dans la terre desséchée, son idée : faire des trous plus grands, et les garnir de fumier et de compost qui retiennent mieux l’eau. Allant contre l’avis de la coutume qui interdisait de pratiquer le Zaï avant la saison sèche..

Il s’est opposé à cette coutume stupide, et a fait de bonnes récoltes, il a ainsi pu nourrir ses anciens amis d’enfance, qui mouraient de faim du fait de leurs mauvaises récoltes dues à la sécheresse, mais les chefs de clans ont malgré cela, voulu l’empêcher de pratiquer le Zaï. Il a aussi fait construire des murets de cailloux qui ralentissent le ruissellement gardant ainsi plus d’eau dans la terre. Il a eu l’idée, et a pris l’initiative de s’aider des termites [1] qui d’instinct savent conserver l’eau.. : « Dans les petits trous creusés dans le sol latéritique stérile, les agriculteurs mettent de la matière organique qui attire les termites. Celles-ci creusent de petites galeries dans le sol et améliorent la structure du sol, de sorte que l’eau peut s’y infiltrer et être conservée. En digérant la matière organique, les termites rendent les nutriments plus facilement disponibles aux racines des plantes ».

Il a ajouté des tas de méthodes « personnelles » à celles qui étaient traditionnelles, surtout la pratique de la plantation des arbres, importante pour la pluie, car les forets attirant la pluie, et préservant la faune sauvage, les oiseaux, et une grande quantité d’espèces de végétaux divers, qui combattent le désert, viennent y vivre et s’y reproduire, s’y implanter à demeure. Il s’élève contre l’exploitation des arbres, qui le désole, surtout le non remplacement des arbres coupés par une replantation équivalente.

Sa pire opposition est venue des gens du pays, qui, ne comprenant pas la portée de ses méthodes différentes des traditions, ont été jusqu’à incendier ses cultures.. Il était alors parti en ville et a vu de très loin l’incendie de ses 4 hectares de plantes.




Sans se décourager, pressentant que s’il était si combattu, c’est qu’il devait avoir raison, et fort de cette conviction, il a choisi de persévérer et a décidé d’augmenter la surface de ses champs, et par la suite, s’apercevant que ses cultures prospéraient, les agriculteurs se sont mis à pratiquer son « Zaï » amélioré, et tous ont dû convenir qu’ils s’en étaient bien trouvés.

Il reçoit maintenant beaucoup de visiteurs, et véritable enseignant, leur délivre ses conseils de plantation. Sa réserve de graines a permis à beaucoup de gens de survivre à la sécheresse.. Beaucoup de gens avaient émigré vers les villes.. Par la technique du « Zaï », la terre est redevenue fertile et depuis 1985, n’ayant plus connu de famine, les gens n’ont plus quitté la région, et beaucoup de ceux qui étaient partis lors des sécheresses sont revenus s’y installer.

Le « Zaï » amélioré de Yacouba Sawadogo a permi le développement de la région, ayant assuré leur subsistance, amélioré la sécurité alimentaire des familles, les habitants peuvent ainsi espérer voir progresser leur existence.

Un projet immobilier est venu compromettre cette réussite agricole, qui est pourtant une véritable « résurrection » écologique, un bornage effectué par les fonctionnaires d’état compromet tout l’avenir, des lotissements doivent remplacer 80% des terres de Yacouba Sawadogo ainsi que celles de beaucoup d’autres agriculteurs..

Invité à New York par une ONG, il expose ses méthodes d’agriculture et l’espoir qu’elles suscitent… dîne avec l’ambassadeur du BURKINA FASO aux USA… dont il obtient une aide précieuse, la pire partie du projet, celle visant à détruire sa forêt, qui est de fait sa réussite la plus visible, est abandonnée..

Plus tard, de retour chez lui, Yacouba Sawadogo réalisera que les prédictions du Cheikh à son sujet se sont réalisées.. et que son exemple et son œuvre pourront être poursuivis, même après sa mort.

Source : Recit.net , ecceafrica.com

10 COMMENTAIRES

  1. C’est très exceptionnel de voir que nos techniques ancestrales sont si performantes et respectueuses de l’environnement. Le mythe africain qui dit que les vieillards sont une bibliothèque est confirmé et c’est à nous d’aller vers les vieux afin d’en apprendre plus au lieu de les traités de sorciers. 🙂

  2. La technique consistant à creuser des trous pour faciliter l’implantation végétale est comparable au processus naturel. Pour prendre l’exemple des pays froids on peut décrire en quelques phrases le processus qui a permis aux terres glacées de devenir fertiles.
    Il y a dix mille ans l’Europe était couverte de glace. Lorsque la glace a fondu la végétation a commencé à s’implanter dans les fissures du rocher (mousses, lychen etc..). Ces plantes dissolvent progressivement la roche et les trous s’élargissent et s’approfondissent. De la terre apparaît dans les fissures et des plantes de plus en plus grandes peuvent se développer, arbustes puis arbres.
    Il est bien connu que la végétation retient l’humidité. Dans les pays frais comme l’Europe il peut se produire des mois sans pluie, mais il est rare que la rosée ne se dépose pas au cours de la nuit sur les plantes, qui continuent à prospérer tant en pompant l’humidité du sol par leurs racines, qu’en bénéficiant de la rosée.
    Pédologie et géologie rendraient les plus grands services dans les pays désertiques pour expliquer comment une terre infertile peut redevenir fertile, même si les conditions semblent très défavorables. Autrefois les paysans de l’Europe se nourrissaient fréquemment des produits de la forêt, par exemple en élevant des cochons, qui se nourrissaient dans les forêts .
    Je ne prétend pas que les procédés valables dans les pays froids sont applicables dans les pays chauds, mais la philosophie est la même : observer la nature de près et comprendre les processus naturels rendent les plus grands services à l’agriculture.

  3. Pas besoin de grandes écoles ni d’ingénieurs qui coûtent chers,, faire confiance à la sagesse au savoir faire, à son instinct aussi. Chassons nos gouvernements, nos médias, nos banques et nos multinationales descendants de Caïn (coïncidence mon ordi met le nom automatiquement)

    • L’un ne détruit pas l’autre. Au contraire, les connaissances traditionnelles doivent etre evaluées par nos ingénieurs, agronomes, biologistes, ecologistes, nos licenciés, nos maitres, nos docteurs pour mieux les comprendre et les améliorer. Ensuite les enseigner en masse. La force des pays occidentaux c’est justement leur capacité à étudier, analyser, ensuite former en masse.

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